compagnie
Par dessus bord
« Nous ponctuons nos textes de points de suspension, les laissant s'agiter et s'effilocher. Nous écrivons, comme nous aimons, comme nous vivons. Nous contons des histoires, nous traçons des sentiers. Nous laissons derrière nous des cailloux par milliers, des traces qui permettent de facilement nous trouver. Et quand je dis nous, je veux dire les unes les autres. (…) Nous créons en réorientant ce qui a été utilisé contre nous. Être poète rabat-joie, c'est semer quelque chose, une possibilité, une floraison d'un nouveau genre, c'est marquer l'emplacement de la violence, nous raconter ce qui s'est passé là, (…) le lieu où on dit non. (…) Il existe tant de façons de dire non. (...) J'entends le poème de Jasmin Kaur, poète féministe sikh :
HURLE
afin qu'un jour
dans une centaine d'années
une autre de nos sœurs n'ait pas à
essuyer ses larmes en se demandant
où au cours de l'Histoire
elle a perdu sa voix. »
Sara Ahmed in Manuel de Rabat-joie féministe
La Compagnie Par dessus bord imagine le spectacle à venir comme une première expérience théâtrale pour le·a spectateurice. Depuis 2013 la compagnie pense et met en œuvre un théâtre accessible à touxtes, capable de rassembler dans une salle, celleux que l'on croise dans la rue ou dans le métro. Aude Denis met en imaginaire des textes d'aujourd'hui et convoque au plateau des objets banals, du quotidien. Elle aime ainsi partir de rien, du plus dérisoire pour inventer un théâtre ludique et profond. Et vérifier qu'on peut faire du théâtre avec juste l'essentiel : quelques objets, des acteurices, des textes, et des spectateurices.
De nouveaux récits, de nouveaux chemins, de nouveaux horizons
Depuis 2022, Aude Denis met en scène ses propres textes. Son écriture creuse la question de la disparition et s'inscrit dans une perspective féministe et intersectionnelle. Et propose ainsi de nouveaux récits, de nouveaux chemins, de nouveaux horizons. Dans ces propositions théâtrales, les personnages centraux sont ceux qui, dans notre monde, sont loin des regards, souvent à la marge, voire exclu·es de nos sociétés : les oublié·es, les effacé·es, les silencié·es.
Artivisme – Matrimoine - Xatrimoine
Au côté de ces créations, Aude Denis développe depuis 2024, un volet délibérément militant, au croisement de l'art et de l'activisme en mettant en lumière notre matrimoine et notre xatrimoine. Ces performances théâtrales féministes et intersectionnelles réaffirment ainsi avec force que notre héritage culturel ne se limite pas aux récits dominants de l'Histoire des arts et de la culture. Si depuis une dizaine d'années le matrimoine nous a permis de réhabiliter collectivement la mémoire des créatrices, des scientifiques, des exploratrices ou des militantes du passé, avec le Xatrimoine nous mettons enfin un mot sur un héritage commun : celui de toutes les personnes minorisé·es de genre. Valoriser notre Xatrimoine c'est mettre en lumière les œuvres, les travaux, les parcours de touxtes celleux qui ont transgressé leur assignation de genre : des personnes non binaires ou gender fluid, des personnes trans, des lesbiennes et touxtes les autres. Nos adelphes d’hier qui ont bravé les empêchements, les dénigrements, les stigmatisations, les interdictions, les marginalisations, les effacements systémiques. Celleux qui ont ouvert des voies, parfois au péril de leurs vies pour nous-mêmes et pour les générations à venir.
« S'éloigner, refuser, prendre une voie de traverse, continuer. Toujours déjà effacées dans ce monde qui leur refuse une place, les femmes artistes choisissent aussi de se détourner, de se déplacer au lieu d'attendre qu'on leur donne le droit d'exister. »
Martine Delvaux - ça aurait pu être un film
